INTERACTIONS ENTRE LES DIFFERENTS SYSTEMES TOUCHE PAR LE STRESS

France HAOUR

INSERM U339, Hôpital Saint Antoine 75571 Paris cedex 12

Trois grands systèmes d’intégration permettent à l’organisme des vertébrés de fonctionner de façon adaptées à l’environnement extérieur et ils assurent également l’intégration des signaux et l’homéostasie à l’intérieur de l’organisme. Ce sont les systèmes nerveux (SN), endocrinien (SE) et immunitaire (SI). Le premier utilise une transmission de signaux de type électrique et utilise des neuromédiateurs ; le second utilise des molécules signal " hormones " qui circulent et transmettent des signaux spécifique à distance ; le troisième transmet des messages grâce à des cellules qui circulent dans l’organisme et produisent localement des molécules actives ou " cytokines " et des anticorps.

Ces trois systèmes ont été étudiés de façon relativement indépendante jusqu’aux 15 dernières années où il est apparu que ces systèmes communiquaient entre eux. Des interactions fonctionnelles entre SN, SE et SI sont possibles grâce à la présence de médiateurs et de récepteurs communs. Nous avons choisi les cytokines pour illustrer de façon concrète ces interactions. Parmi elles, l'interleukine-1 (IL-1) est un puissant modulateur du système immunitaire mais aussi des deux autres systèmes et elle met en jeu des boucles de régulation successives.

Dans le cadre de ces études d’interaction entre systèmes, nous avons pu caractériser des " récepteurs " spécifiques de l’IL-1 dans le cerveau de souris au niveau de neurones (gyrus dentelé de l'hippocampe), de structures vasculaires (plexus choroides et vaisseaux) et neuro-endocriniennes (hypophyse). La présence de récepteurs de l'IL-1 sur des structures nerveuses centrales explique les effets périphériques de faibles doses l’IL-1 injectées dans le cerveau (température corporelle, activation de l’axe du stress et des fonctions hypophysaires, modifications du comportement, inhibition du SI). La transmission de l’information à partir du cerveau se fait d’une part par l’activation de l’axe du stress (hypothalamus-hypophyse-surrénale-corticoides). Il est intéressant de noter qu’un médiateur de l’immunité comme l’IL-1 active l’axe du stress comme le fait un stress émotionnel, cognitif ou physique. L’axe du stress représente donc une voie efférente commune très importante.

La communication entre systèmes s’effectue également dans le sens inverse, de la périphérie vers le cerveau. En effet la production d’IL-1 à la périphérie (induite par l’injection intra péritonéale de produit bactériens : LPS) modifie profondément les récepteurs IL-1 centraux, alors que les récepteurs de l'hypophyse ne sont pas modifiés. Cela indique que le cerveau est rapidement informé de ce qui se passe à la périphérie. Le problème se complique car on a pu démontrer que ces modifications sont liées à la synthèse d'IL-1, dans le système nerveux central lui même (mesure les ARNm dans différentes structures centrales après un injection périphérique de LPS).

Cet exemple concret, qui concerne une seule molécule et ses sites d’action, illustre et démontre bien les interactions fonctionnelles existant entre les différents systèmes. De telles interactions existent pour d’autres molécules et donnent une explication biochimique aux interactions entre stress et maladies.


Dernière mise à jour : lundi 22 novembre 1999 18:52:50

Dr Jean-Michel Thurin

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