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Psychiatrie: La psychiatrie française en déshérence
Posted by: root (IP Logged)
Date: October 25, 2018 05:15PM

Mediscoop / Le Figaro 25 octobre 2018

« Profession peu attractive, pathologies mal connues du grand public, manque de moyens… La psychiatrie s’enfonce dans la crise, et les mouvements dans les hôpitaux se multiplient », alerte Soline Roy dans Le Figaro

« Ça craque de partout », assure la journaliste. « À Amiens, l’hôpital Pinel s’enfonce dans la crise ; au Rouvray (Seine-Maritime), le personnel a obtenu l’ouverture de postes après une longue lutte, mais peine à recruter ; à Saint-Étienne, les médecins démissionnent les uns après les autres ; à Paris, les syndicats de trois hôpitaux psychiatriques, dont l’emblématique Sainte-Anne, protestent contre une fusion qui leur est imposée », détaille-t-elle.

Partout, les professionnels de la santé mentale « sont épuisés et n’ont pas les moyens de dispenser des soins de qualité. Quant aux malades, ils arrivent aux soins très tard, et l’accès aux traitements adaptés ne leur est pas toujours assuré », résume le Pr Marion Leboyer (responsable du pôle de psychiatrie et d’addictologie de l’hôpital de Créteil et directrice de la fondation FondaMental). « Elle est l’auteur, avec le Pr Pierre-Michel Llorca (CHU de Clermont-Ferrand), d’un ouvrage sans concession sur l’état de la psychiatrie française (Psychiatrie : l’état d’urgence, Fayard) », précise l’article.

« Depuis des années, les rapports s’accumulent et trois plans santé mentale (en 2001, 2005-2008 et 2011-2015) se sont succédé. Mais la situation continue à se dégrader », souligne Le Figaro.

« La psychiatrie publique est devenue un enfer. [Elle] ap­partient aujourd’hui aux gestion­naires, aux économistes de la santé, aux juges, aux laboratoires pharmaceutiques, aux professionnels du fait divers, aux politiques… Qu’on laisse une place à ceux qui en ont fait leur métier », s’écriait en juin le Dr Daniel Zagury, du centre psychiatrique du Bois de Bondy (Seine-Saint-Denis).

« Pour sortir les malades des hôpitaux, on a supprimé 50% des lits en 30 ans, sans que les moyens alloués au suivi en ambulatoire ne suivent », regrette le Dr Jacqueline Goltman, psychiatre et vice-présidente du syndicat de médecins UFML-S. « Obtenir un lit en urgence devient un défi », souligne la journaliste.

Tous constatent que « les patients arrivent au soin de plus en plus tard, avec une perte de chance d’autant plus inacceptable » que, « s’ils sont pris en charge assez tôt et reçoivent la bonne stratégie thérapeutique, on sait que toutes pathologies confondues, environ un tiers des patients va guérir, et un autre tiers ne gardera que des symptômes résiduels », précise le Pr Leboyer.

« Côté recherche, la situation n’est guère plus brillante. Des avancées significatives ont pourtant été faites sur la compréhension des maladies mentales, notamment leurs composantes génétiques et environnementales », poursuit Le Figaro. « «Nous sommes à la veille de très grands progrès», assure le Pr Leboyer. Mais en 2011, la Cour des comptes alertait sur «une sous-dotation persistante de la recherche» en psychiatrie. 2% seulement du budget public de la recherche en santé lui sont alloués, selon une étude de 2013, contre 7% en Grande-Bretagne et 16% aux États-Unis », rapporte la journaliste.

Par ailleurs, « la France ne dispose que de très peu de données pour objectiver le poids des maladies mentales, leur répartition géographique, les classes d’âge les plus sévèrement touchées ou l’influence des facteurs sociaux et environnementaux. De là à conclure que notre pays met en place des politiques dépourvues d’outils de pilotage fiables […], il n’y a qu’un pas », écrivent Marion Leboyer et Pierre-Michel Llorca.

« La France ne manque pas de spécialistes avec une moyenne de 22,8 psychiatres pour 100.000 habitants, bien plus que la moyenne des pays de l’OCDE (15,5). Mais cela cache d’importantes disparités territoriales : selon la Drees, la Vendée en compte ainsi 9,3 pour 100.000 habitants, lorsque Paris arbore un impressionnant 97,8 ! De plus, près de 30% des 12.591 praticiens recensés par l’Ordre des médecins en 2016 avaient plus de 60 ans. Du côté des étudiants, la psychiatrie fait partie des 5 disciplines les moins bien classées dans les choix des futurs internes (…). Et l’hôpital peine à recruter : plus de 28% des postes de praticien hospitalier n’avaient pas trouvé preneur en 2017 », rapporte Le Figaro.

« Du côté du grand public, la connaissance des maladies mentales est parcellaire et entachée de préjugés. Et la frontière est floue entre le psychiatre, qui est médecin, le psychanalyste dont la formation n’est pas sanctionnée par un diplôme d’État, le psychologue clinicien, et divers «psychothérapeutes» aux compétences mal connues. Grand flou également entre les techniques de soins proposées. Quant à la non-prise en charge des consultations auprès d’un psychologue par l’Assurance-maladie, elle bloque l’accès des moins aisés aux traitements », explique l’article.

« Le coût des pathologies psychiatriques mériterait pourtant que l’on s’y penche de plus près. Une étude publiée en 2012 par la fondation FondaMental et l’Unité de recherche clinique en économie de la santé (URC-Eco) l’estimait à 109 milliards d’euros (13,4 milliards pour les hospitalisations, consultations et médicaments, 6,3 pour le coût médico-social, 24,4 en pertes de productivité et, enfin, 65 en perte de qualité de vie). De son côté, l’Assurance-maladie consacrait en 2016 quelque 23 milliards d’euros aux maladies psychiatriques et à la consommation de psychotropes, soit 15 % de ses dépenses totales », détaille la journalise. « Cela fait des maladies mentales le 1er poste par pathologies, devant les maladies cardio-vasculaires et les cancers », souligne-t-elle.

Concernant le plan santé présenté, mi-septembre, la ministre de la Santé, Agnès Buzyn : « C’est une politique des petits pas », déplore le Pr Leboyer, qui réclame pour la psychiatrie « l’équivalent de l’Inca pour le cancer ». « L’OMS estime qu’en 2020, les maladies mentales seront la première source de handicaps. C’est un enjeu du XXIe siècle ! », insiste le spécialiste.



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